Pour des cocaïnomanes, une nouvelle façon de fêter

 

Jonah Engle, 16 janvier, 2010

Montréal – Si vous êtes cocaïnomanes, vous n’êtes pas seul.


C’est le message lancé par les organisateurs du 23e congrès annuel des Cocaïnomanes du Québec qui se tient cette fin de semaine à Montréal sous le thème « La force de nous ».


« Quand on est seul, c’est très très difficile [de cesser de consommer], mais avec l’appui d’autres gens qui comprennent la toxicomanie, c’est possible », a expliqué Brenda, vice-présidente de la conférence (comme tous les membres de l’organisme, elle ne dévoile pas son nom de famille).


La courtière âgée de 49 ans a dit qu’elle a passé des années à essayer d’arrêter de prendre de la cocaïne sans succès jusqu'à ce qu’elle trouve cette fraternité, il y a huit ans.


Le thème de la solidarité relève aussi de la méthode des douze étapes qu’utilise l’organisme fondé en Californie en 1986. Chacune des étapes commence avec le mot nous.


Hier, dans un Holiday Inn du centre-ville, une vingtaine de participants en habit d’exercice se détendaient sur des tapis de yoga, tandis que, dans d’autres salles, des toxicomanes dirigeaient des ateliers sur différents sujets tels l’acceptation, la liberté et l’humilité. Ce dernier atelier était mené par Normand, un homme dans la quarantaine qui a décrit son long parcours.


Après avoir abandonné la drogue, il a dû surmonter des dépendances sexuelles qui ont presque détruit sa vie de couple. À travers ses larmes, il a remercié ses confrères dans la salle, « si je suis en vie et que j’ai une belle fille qui n’est pas dysfonctionnelle, c’est à cause de vous ».


Bien que les ateliers traitaient de sujets lourds, il y avait dans les couloirs de l’hôtel un esprit jovial parmi les quelque 600 participants. Des gens se croisaient, échangeaient des nouvelles, se taquinaient.


« C’est un moment pour nous, les accros de la coke, de se réunir et faire la fête sans danger », a dit Brenda.


Valery, la porte-parole de la conférence, a expliqué qu’il y a quelques années, les organisateurs ont déplacé le rassemblement au mois de janvier pour qu’il ait lieu tout de suite après le temps des fêtes. 


C’est un temps difficile pour plusieurs personnes, « il y en a à qui leur famille ne les parle plus, d’autres qui ont perdu leurs enfants » a dit Brenda qui a ajouté que c’est aussi pas facile d’être la seule personne qui s’abstient pendant que les gens autour de soi boivent et font la fête.


Brenda et Valery attendaient avec grande anticipation le « décompte » qui devait avoir lieu samedi soir.


Suivant la tradition, les gens sont invités à venir sur scène selon le nombre d’années qu’ils sont sobres. Pour chaque groupe, un DJ joue une chanson différente et les gens dansent et se défoulent. À la fin, on calcule le nombre total d’années de sobriété dans la salle et ça s’élève à des centaines et des centaines d’années, a dit Brenda.


Ce décompte fait la renommée de la conférence annuelle au Québec qui attire des gens du reste du Canada et des États-Unis. « Personne n’a vu un décompte comme ça », a dit Valery. « Ils en parlent jusqu’en Californie! » 

 
 
 

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